Tu es entré dans ma vie alors que je venais de perdre Cali... Je me souviens de ce jour où j'ai ouvert la fenêtre de ma salle de bains et que tu étais là, assis, face à moi et tu me fixais... Je n'ai pas osé t'approcher, j'avais encore tellement de peine...
Je me souviens aussi de ce jour où en entrant dans ma chambre, je t'ai vu, allongé sur mon lit... Je me suis approchée de toi, tu t'es levé et tu t'es mis debout contre moi... J'ai eu peur, je ne savais pas encore que tu allais me faire plein de câlins de cette façon... tes pattes autour de mon cou...
Tu as fini par rester chez nous... tu nous avais choisi ! Nous avons déménagé peu de temps après et là, tu as montré qui était le chef... tu as fait le ménage autour de toi... pas d'envahisseur chez nous !
Et puis, Tinou est arrivé lui aussi, ses maîtres l'avaient abandonné... On ne savait pas quel âge il pouvait avoir mais on s'est dit qu'il devait être jeune pour oser te courir après... Et curieusement, lui, tu l'as laissé tranquille, tu as compris qu'il avait aussi besoin d'une famille aimante... Bien sûr, tu as toujours fait ce qu'il fallait pour lui rappeler qui était le chef mais ce n'était jamais méchant.
Arrivèrent ensuite Fifi et Loulou qu'une minette était venue mettre au monde chez nous. Tu les a ignorés pendant longtemps et puis finalement, ils ont eu droit à leur place eux aussi... Et puis Loulou nous a quitté lui aussi.
Nous avons encore et encore déménagé mais tu t'es toujours adapté. Nous étions ensemble, c'était l'essentiel...
Tu avais une santé fragile... tes reins t'en ont fait voir de toutes les couleurs ! Nous avons réussi à équilibrer ton état pendant plusieurs années... jusqu'à il y a 4 mois où tout a basculé... mais tu t'es accroché et moi aussi... Je t'ai gâté comme j'ai pu, je t'ai chouchouté, soigné... donné tout l'amour que tu méritais.
Seulement voilà, il y a 5 jours, une sale infection est venue ternir tout ça... Tu as fait ton dernier vrai repas dimanche dernier... Ensuite, tu as avalé quelques bouchées difficilement... jusqu'à hier matin où tu n'arrivais plus à boire non plus !
Depuis hier soir, j'ai senti ta souffrance et je suis sûre que tu as senti la mienne... je t'ai veillé une bonne partie de la nuit... mais ça ne pouvait plus durer, hein ! Toi qui ne disais plus rien, tu t'es mis à te plaindre et je t'ai compris...
Alors nous sommes partis tous les deux chez ton "médecin", celui qui te connaissait depuis 5 ans, qui me connaissait bien aussi maintenant, qui me savait très sensible... Il nous a gentiment accueillis... Nous avons beaucoup parlé lui et moi... Il m'a avoué avoir traversé la même épreuve. Il ne m'a donc pas jugée. Nous avons pris la décision finale ensemble.
Je t'ai caressé et embrassé jusqu'au bout, je t'ai dit cent fois à quel point je t'aimais... Tu le sais n'est ce pas ? Tu t'es endormi paisiblement... Je t'ai embrassé une dernière fois et c'est le coeur gros que je suis partie.
La route m'a semblé si longue ! J'ai dû m'arrêter une fois, mes jambes et mes bras étaient tout mous et j'avais du mal à respirer...
Et les filles m'ont appelée, elles voulaient savoir. Charlotte a pleuré, je lui ai tout bien expliqué... Je lui ai dit que tu ne souffrais plus, que tu étais au paradis... Justine est plus forte, je sais qu'elle a beaucoup de peine mais elle a bien compris. Caroline ne sait pas encore... Je vais attendre qu'elle rentre, elle est trop fragile...
Je ne sais pas encore comment va être la vie ici sans toi... j'ai trop de chagrin pour l'imaginer... Rien que de regarder ton fauteuil m'est insupportable !
Mais je tenais à écrire tout ça... je te l'ai déjà raconté ce matin mais j'ai besoin de l'écrire, de te parler d'une manière ou d'une autre...
Tu me manques... et je t'aime pour toujours...
